Légendes de l’île d’émeraude

Plein de paysages riches et de structures anciennes, l’île d’émeraude est un terrain de jeu pour les amateurs d’histoire. Voyagez à travers les siècles dans l’Irlande antique de l’Est.

Glendalough. Photograph par Levers2007/iStock.

Une immense portion de la côte est de l’Irlande (de Cork au sud jusqu’à Monaghan et Louth, près de la frontière de l’Irlande du Nord) déborde de paysages luxuriants, de structures anciennes et de siècles d’histoire. Portant le nom évocateur d’Ancient East, la région offre des itinéraires spectaculaires aux voyageurs férus d’histoire.

Les options d’exploration sont infinies, mais si vous vous aventurez au-delà des montagnes qui s’étendent vers le sud de Dublin, sur la route vers Glendalough, Kilkenny et Wexford, vous aurez le privilège de voir se révéler l’essence du passé de l’Irlande. Vous découvrirez les personnages qui ont contribué à façonner la nation de l’île, des moines érudits aux Vikings violents en passant par les Normands assoiffés de pouvoir et les humbles fermiers.

Glendalough

L’église St. Kevin. Le premier habitant constate fut un ermite nomme Kevin; il a a laissé tout un héritage. Photograph par Jacques Vandinteren.

Coincés entre les forêts denses et les falaises vertigineuses, les randonneurs suivent prudemment le sentier Spinc de Glendalough. La promenade étroite de bois suit les courbes de la crête de la montagne, au-dessus des marais, des herbes, des ruisseaux et des rochers. Ici, à 50 km au sud de Dublin, vous ne trouverez aucune voiture, ni bâtiment, route ou ligne électrique. Plus bas, un long lac profond remplit la vallée, et à l’est, il y a un lac plus petit et plus rond. Ces deux miroirs bleus ressemblent à un point d’exclamation liquide géant, qui exprime parfaitement notre émerveillement face à la magie de l’endroit.

La tour ronde. Photograph courtesy of Mammuth/iStock.

Il est difficile de ne pas être émerveillé. Glendalough, qui signifie « la vallée des deux lacs » en gaélique, impressionne autant par la pureté de son panorama que par son histoire glorieuse. Cette vallée isolée, façonnée par des glaciers, dont certains datent de 20 000 ans, abrite l’un des sites monastiques les plus remarquables en Irlande. Bien avant l’arrivée des excursionnistes, le pillage des Vikings et la construction de la route militaire par les Britanniques (une des premières voies construites pour se débarrasser des rebelles irlandais cachés dans les montagnes au 19e siècle), Glendalough était le paradis des pèlerins.

Une croix celte en pierre. Photograph par Nevio3/iStock.

Le premier habitant constaté fut un ermite nommé Kevin; il a laissé tout un héritage pour un homme qui dormait dans une grotte et se vêtait de peaux d’animaux. Canonisé en 1903, saint Kevin était un homme simple qui trouva son réconfort ici, au 6e siècle. Son style de vie respectant la nature a bientôt attiré des disciples et il fonda une colonie monastique. Le site prenait de l’ampleur à mesure que la communauté grandissait. Pilier du christianisme et de l’apprentissage, Glendalough fut l’un des centres ecclésiastiques les plus importants de l’Europe, et ce pendant plus de 500 ans.

Photograph par Pepmiba/iStock.

Au sommet de sa popularité, la jolie ville monastique comptait sept églises. Comme il est excitant d’être à Glendalough et d’imaginer cette communauté à l’oeuvre, priant ou pratiquant l’agriculture, l’artisanat et la sculpture. Les bâtiments ayant survécu datent du 10e et 12e siècles, et l’église St. Kevin est toujours étonnamment intacte parmi la végétation et les croix celtiques. Mais c’est la tour ronde de 33 mètres qui attire les plus grosses foules. Servant à l’époque de clocher et de point de repère pour les moines, sa taille évoquant Raiponce rappelle son rôle fascinant de refuge et de tour de guet contre les pilleurs. Mais les Vikings n’ont pas mis de temps à entrer par les monts Wicklow, à la recherche d’or et d’argent à rapporter à leur forteresse de Dublin.

Il est peu probable que les Vikings se soient arrêtés pour s’émerveiller devant la beauté de la vallée, pas plus que les Normands venus d’Angleterre trois siècles plus tard. Entre les prises de territoire et la construction de villes, les Normands se mirent à réorganiser l’église, ce qui a finalement mené au déclin de Glendalough en 1214. La population de moines a baissé peu après, mais la beauté de la vallée attire maintenant des pèlerins d’un genre nouveau : touristes, employés municipaux, randonneurs, familles, tous cherchant un refuge contre la vie moderne.

Kilkenny

Medieval Mile de Kilkenny. À Kilkenny, vous aurez l’impression que le monde moderne n’est plus qu’un souvenir. Photograph par Alexander Cimbal/Alamy.

Après avoir ressenti l’enchantement auprès de la belle Glendalough, rendez-vous à Kilkenny, au sud-ouest, et découvrez un nouveau chapitre de l’histoire de l’Irlande. La capitale médiévale semble petite, mais elle est peut se mesurer à toutes les métropoles. Les voyageurs qui n’optent pas pour un séjour prolongé à Kilkenny risquent de ne pas pouvoir profiter de son mélange parfait composé de reliques et d’installations modernes.

Le Kilkenny Design Centre. Photograph par Lesley Pardoe/Alamy Stock Photo.

L’importance de cette ville fondée par les moines fut renforcée au cours des siècles par une succession de seigneurs irlandais et normands qui s’y installèrent, et grâce à ses cathédrales et une charte royale datant de 1609, Kilkenny acquit ses lettres de noblesse (son architecture médiévale est absolument magnifique).

Les rues sont étroites et propices à la marche, et bordées d’allées pavées, de pignons de granit, d’imposantes façades et de devantures de magasins colorées. Sous l’arche du Butter Slip, une allée construite sous les maisons au 17e siècle, vous aurez vraiment l’impression que le monde moderne n’est plus qu’un souvenir.

Details du Chateau de Kilkenny. Photograph par Darren McLoughlin/Alamy.

Il y a aussi le Medieval Mile, qui ressemble à une promenade dans les pages d’un livre d’histoire. Tournez les pages de Kilkenny et découvrez Black Abbey datant du 13e siècle, Kytelers Inn, l’un des plus anciens du pays datant du 14e siècle, ou le Rothe House & Garden, qui fut la maison d’un marchand de soie Tudor au 16e siècle. Le château Kilkenny, construit par les Normands en 1195 et restauré à l’époque victorienne, et la glorieuse cathédrale St. Canice, datant du 13e siècle, sont autant de vestiges impressionnants au coeur de cette ville moderne.

Kyteler’s Inn. Photograph par Littleny/iStock.

Après avoir absorbé toute cette histoire et ce patrimoine, attardez-vous au milieu culturel dynamique de Kilkenny. Avec ses pubs, son artisanat local et ses concerts de musique traditionnelle (O’Gorman’s Bar et Ryan’s Bar sont les plus populaires), la ville porte fièrement les couleurs de l’Irlande. Kilkenny est la capitale des métiers d’art : la National Design & Craft Gallery et le Kilkenny Design Centre juste à côté présentent, dans les anciennes écuries du château, des oeuvres irlandaises contemporaines en joaillerie, en céramique et en tissage.

La cathédrale St. Canice. Photograph par Fáilte Ireland.

Le café chaud et les pâtisseries ridiculement délicieuses de Cakeface sont des plaisirs obligatoires à Kilkenny. Pour souper, optez pour une tenue décontractée au Zuni ou soyez chic au Campagne, un restaurant étoilé par le guide Michelin qui offre des mets locaux comme le boeuf et agneau de Kilkenny, le chevreuil de Wicklow et des fraises de Wexford. Les meilleures chambres en ville se trouvent au Butler House dans Dower House sur le terrain du château Kilkenny, ou à 20 minutes de la ville, à l’hôtel cinq étoiles Mount Juliet Estate.

Dunbrody

Le navire Dunbrody. Photograph par Chris Dorney/Alamy Stock Photo.

Devant tant de charme, on oublie facilement que l’Irlande n’a pas toujours été accueillante. En effet, 1,5 million de personnes ont dû fuir le pays lors de la grande famine (1845-1849), et un million de plus sont mortes de faim. Cette histoire est beaucoup plus récente que celle de Glendalough ou de Kilkenny, mais ce fut une période très marquante pour l’Irlande.

Si vous voyagez vers New Ross, dans le comté de Wexford, au sud-est de Kilkenny, vous vous rapprocherez du navire Dunbrody à bord duquel les gens avaient fui la famine qui sévissait en Irlande. Faisant partie des huit navires construits à Québec par une riche famille de marchands de Wexford, il fut lancé en 1845, l’année où la récolte de pommes de terre fut un désastre en Irlande. Réaménagé à la hâte pour transporter les émigrants, le Dunbrody fit plusieurs voyages entre le Québec et l’Irlande. On peut explorer sa réplique, amarrée sur le fleuve Barrow, dans le cadre de la Dunbrody Famine Ship Experience, une visite révélant les conditions qu’ont dû endurer tant de personnes en quête d’une vie meilleure.

Phare Hook. Photograph par Rick Strange/Alamy Stock Photo.

À Hook Head, un peu plus au sud (où le Dunbrody avait pris la mer autrefois), vous pourrez admirer davantage la côte spectaculaire de Wexford. Sur le cap se trouve l’un des plus vieux phares fonctionnels du monde. Construit il y a 800 ans par un seigneur normand, il servait de point de repère aux navires transportant les marchandises. Le phare surplombe l’estuaire que les Vikings ont probablement parcouru avant de construire Vadra Fiord (Waterford) au 9e siècle. En contemplant la mer du phare Hook, votre esprit pourrait se laisser aller à des rêveries de moines, de maraudeurs, de migrants et de marchands, qui ont tous joué un rôle dans l’histoire d’Ancient East.

 

[Cet article a été rédigé en anglais et traduit en français.]