L’appel de la nature

Le Costa Rica, ses animaux, ses chutes d’eau et sa forêt tropicale enchantent toute la famille.

Photo © Corbis

Avery, ma fille de dix ans, met ses mains devant la bouche et beugle, Ouuu…! Ouuu ! Ouuu! Depuis les profondeurs de la forêt tropicale mugit un chœur de réponses gutturales. Une troupe de singes hurleurs grimpe à grand fracas au sommet des arbres vers la maison que nous louons au bord du lac Arénal dans les basses terres du nord-ouest du Costa Rica. Impossible de ne pas les entendre.

Le son à lui seul peut effrayer le plus aguerri des voyageurs, mais Avery, ma naturaliste en herbe, se réjouit de ces bruits de la jungle qu’elle entend pour la première fois. C’est notre première soirée de vacances familiales dans ce pays d’Amérique centrale reconnu pour sa forêt tropicale et sa faune fascinante, et elle veut tout voir.

Après s’être époumonée à imiter les singes, elle s’affaire à trouver Chalupa, un unau qui, paraît-il, vit dans un arbre près de la piscine. Le soir, son petit frère Bennett, âgé de huit ans, s’inquiète de tout ce qu’il voit et entend.

« Qu’est-ce que c’est, Maman? » me demande-t-il quand les grenouilles et les grillons se mettent à chanter.

« C’est quoi, ça? » demande-t-il tout étonné, en pointant  le doigt dans le noir.

Je jette un coup d’œil dans le vide noir et réponds : « Quoi? »

« Ces lumières », répond-il.

En regardant mieux, je vois des lucioles briller dans la nuit. La même chose se produit les jours suivants. Je remarque la voie tracée par des fourmis champignonnistes seulement parce qu’Avery me la montre, puis une toute petite grenouille blue-jean parce qu’elle l’a vue sauter dans la couverture de feuilles mortes.

Très souvent, dans ce pays, dont le nom se traduit par côte riche, je suis ébahie par l’abondance et la diversité de la faune et par sa capacité à s’intégrer parfaitement dans l’environnement. Tout part en un clin d’œil. Les enfants me montrent ces merveilles, surtout Avery qui ralentit pour observer les animaux que je n’aurais pas vus dans mon empressement de m’approprier des expériences. Comme des fées, les enfants ont le pouvoir magique de voir les merveilles naturelles que les plus vieux tiennent pour acquis.

Le Costa Rica est un des endroits les plus riches de la planète sur le plan biologique. Avec une masse terrestre de seulement 0,03 pour cent, il contient cinq pour cent de la biodiversité de la Terre. Le mélange tentant de faune abondante et de dimensions gérables en fait le pays idéal pour des vacances aventurières en famille. En arrivant à Liberia, la capitale de Guanacaste, on peut combiner la jungle et la plage en alliant un voyage autonome à des excursions guidées d’une journée.

Nous voulons explorer la forêt tropicale, les chutes d’eau et les sources thermales près du volcan Arénal, puis aller à Playa Grande sur la côte pacifique pour découvrir les trésors côtiers du pays.

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Avery est fin prête. Au cours des semaines précédant le voyage, elle a fait une liste des animaux à repérer pendant les vacances, comme le redoutable serpent fer-de-lance, la grenouille des fraises ou le réduve du laiteron. Au cinquième jour, nous avions déjà vu beaucoup de grenouilles venimeuses et deux crotales aux cils jaune vif lors d’une randonnée dans le parc national du volcan Arénal, un des 28 parcs nationaux et des huit réserves biologiques du pays. Nous avons aussi traqué des iguanes au Tabacón Grand Spa Thermal Resort, villégiature populaire des sources thermales, et sommes restés ébahis devant les papillons morphos (ils viennent tout naturellement se poser sur la main d’Avery) au parc Selvatura à Monteverde.

L’observation de la faune ne se limite pas aux parcs nationaux ou aux attractions touristiques du pays. Les occasions abondent. Un matin d’ornithologie dans notre maison située en pleine forêt tropicale, judicieusement appelée Villa Encantada (maison enchantée), nous avons vu des toucans à carène, des tangaras jaune et bleu, des amazones poudrées et le cassique de Montezuma dont le chant mélodieux rappelle des gouttes d’eau tombant sur la canopée, mais cent fois plus fort. Cette impressionnante ménagerie à plumes fait de nous de véritables fous d’oiseaux.

Un autre jour à la Villa Encantada, Josue le jardinier nous appelle pour nous montrer une grande feuille qu’il a trouvée en essayant de dompter la végétation dans le jardin. Une grenouille vert pale, presque de la même couleur que la feuille où elle y dormait. Josue touche tout doucement l’amphibien, comme pour le réveiller; tout lentement, le petit animal ouvre ses yeux rouges, puis étire une patte dévoilant un flanc bleu et jaune rayé et des orteils orange vif. Il saute sur l’épaule d’Avery, grimpe sur son visage, puis sur sa tête au grand bonheur de tous. La grenouille nocturne aux yeux rouges est le symbole du Costa Rica et il est rare de la voir le jour. Avery est particulièrement émerveillée et se met à retourner de grandes feuilles lors des randonnées dans l’espoir d’en trouver une autre.

« Les petits détails de la nature sont partout; il suffit de les voir », fait-elle remarquer, dans sa quête perpétuelle de grenouilles, de geckos et de lézards.

À Playa Grande, c’est la vie marine qui nous émerveille. En rangeant enfin les planches de surf horizontal, nous trouvons des cuvettes de marée à explorer et un estuaire de mangrove tout près où nous pouvons passer en canot dans l’espoir de voir des crocodiles américains. La saison des tortues tire à sa fin, mais nous réussissons tout de même à voir l’éclosion de tortues noires du Pacifique s’enfuyant vers la mer. Le soir, la nature nous divertit alors que le soleil se couche et que le ciel devient rose, orangé et mauve.

« Parfois, il vaut mieux profiter du moment que prendre une photo », explique Avery en toute sagesse un soir après un coucher de soleil. Les adultes s’affairaient à capter ce moment à travers leur objectif pendant que les enfants l’observaient à partir d’un perchoir de sable.

Je me demande si ma fille a toujours été aussi sage? Ou est-ce simplement que les splendeurs naturelles du Costa Rica, le fracas des vagues, la jungle grouillante de vie, les oiseaux et reptiles et les couchers de soleil plus colorés que la palette d’un peintre, exercent une plus grande attraction que toute technologie moderne?

Sa fascination captivante pour les crabes en fuite et les lucioles brillantes me rappelle mes souvenirs d’enfant, lorsque tout était nouveau et méritait une longue recherche. Moi aussi, je finis par adopter le rythme des enfants et je ralentis en faisant attention « aux petits détails de la nature ».

Pendant deux semaines, le iPad a dormi sous la poussière; nous sommes sortis à la recherche de paresseux dans la jungle ou de traces des tortues et de coquillages sur la plage. En fait,  à un moment ou à un autre, il nous arrive à tous de répondre à l’appel de la nature : « Ouuu…! Ouuu…! Ouuu…! Ouuu…! »

S’y rendre: WestJet dessert Liberia sept fois par semaine au départ de Toronto et Calgary, et San Jose deux fois par semaine au départ de Toronto.