La « Route 66 » écossaise

La North Coast 500, qui fait le tour du nord de l’Écosse, émerveille les visiteurs par sa beauté naturelle, son cadre historique et ses visages accueillants.

Photograph by Steve Carter/NC500

Cette route étroite est flanquée de montagnes voilées par la brume. Les virages en épingles à cheveux descendent vers un long lac. Nous quittons la route pour admirer la vallée et un arc-en-ciel apparaît; la radio BBC Gaelic, un des seuls postes captés, joue des airs de cornemuse.

Selon la carte, à quelques miles plus loin, se trouve une bande asphaltée sinueuse et des ponts à file unique. Vu l’endroit où nous sommes, nous avons de bonnes chances de rencontrer des moutons en liberté.

Un itinéraire de voyage dit « classique » comprend essentiellement : paysage à couper le souffle, nourriture, boissons et logements typiques, itinéraire riche en culture et en histoire et activités pour divers types de voyageurs (pour justifier les nombreuses heures passées en voiture).

La North Coast 500, boucle côtière de 800 kilomètres des Highlands, est considérée comme la version britannique de la route 66 aux États-Unis, mais sans les néons. Ouverte il y a trois ans, la NC 500 est une excursion passionnante ponctuée de randonnées époustouflantes, d’hébergements merveilleux et de châteaux en haut de falaises et habités par des rêveurs réinventant de vieilles traditions pour se bâtir une nouvelle vie dans cette magnifique région qui est 
la leur.

 

 

1er jour : D’Inverness à Beauly

Le point d’entrée de la NC 500 est Inverness, petite ville sur la côte nord-est facilement accessible par train depuis Glasgow. Comme je n’ai jamais conduit à gauche, le voyage en train de trois heures et demie entre champs et collines, ponts de pierres et toits d’ardoises, était une bonne option pour mon épouse et mes jumelles après le vol de nuit.

Les restaurants et boutiques se trouvent tous à quelques pas sous le château. Inverness est l’endroit parfait pour se tremper dans l’histoire de l’Écosse.

Notre première destination n’est qu’à quelques minutes de voiture : le champ de bataille de Culloden, important centre d’accueil du National Trust for Scotland et champ d’herbes venteux. C’est ici qu’en 1746 la dernière grande bataille sur le sol britannique, quoique courte et sanguinaire, changea la vie des Highlands et de l’Écosse pour toujours. Dernièrement, l’endroit a figuré dans la série télévisée Outlander faisant gonfler le nombre de visiteurs et l’intérêt pour le passé sanglant de l’Écosse.

Tout près, les cercles de pierres, vieux de 4000 ans, et les bosquets de Clava Cairns, lieu de sépulture de l’âge de bronze, procurent un petit répit tout comme, à moins de 45 minutes à l’ouest, le Mayfield Guest House, tranquille auberge de campagne avec Netflix pour les enfants.

 

Clava Cairns, photo par Paul Tomkins/Visit Scotland

 

Centre-ville D’Inverness, photo par Argalis/iStock

 

Champ de bataille de Culloden, photo par Paul Tomkins/Visit Scotland

 

2e jour : De Beauly à Gairloch

Il pleut souvent en Écosse, et pour les habitants, l’indifférence à la pluie relève de l’art. Comme eux, nous nous couvrons de la tête aux pieds de vêtements imperméables et entrons dans les canots sur la rivière Beauly avec un guide de In Your Element.

Nous surveillons le ciel pour les balbuzards tout en pagayant à travers une forêt luxuriante.  Nous nous séchons ensuite au Highland Museum of Childhood, collection de jouets dans une gare restaurée de Strathpeffer, station balnéaire victorienne. Une fois rassasiés de gâteau sablé, nous roulons vers l’ouest traversant une vallée et un col sous le massif Beinn Eighe de 914 mètres de haut. En une demi-heure, nous sommes au village de Gairloch où notre chambre à l’hôtel Myrtle Bank donne sur la plage. De la fenêtre, nous observons nos jumelles ramasser du verre marin. Je les rejoins et entre dans l’eau qui est plus chaude que prévu.

 

Canotage à l’aube, photo par In Your Element

 

La plage de la baie de Gariloch, photo par Rachel Husband/Alamy

 

3e jour : De Gairloch à Lochbroom

C’est juste au nord de Gairloch que la générosité de la mer se dévoile. Paula et Alastair Gordon, propriétaires du Isle of Ewe Smokehouse, font sécher les filets de saumon au-dessus d’un feu agrémenté de copeaux de barils de whisky en chêne. Pendant que les filles du couple montrent aux nôtres la plage juste derrière, Paula met des pétoncles fumés et du brie dans une glacière et nous explique comment nous rendre à Mellon Udrigle, plage de sable blanc dont l’eau claire et turquoise rappelle les Antilles. Après le pique-nique, nous marchons le long du cap rocheux, en s’accrochant avec les mains pour grimper sur les rochers.

Ce soir-là au Braemore Square Country House, nous rencontrons un jeune couple d’entrepreneurs, Lisa et Chester Hodgkinson. Ils viennent d’acheter cette remise de 1840 et les terres sur l’ancien domaine de Sir John Fowler, l’ingénieur civil qui construisit le chemin de fer métropolitain dont une partie fut intégrée au métro de Londres. Leur propriété dans la vallée, coupée en deux par la rivière Broom, où Chester amène ses clients pêcher à la mouche, se trouve sur une ancienne route des Highlands. Transformé en appartement de luxe, avec la promesse d’œufs frais le matin, c’est une escale paisible de notre voyage sur la côte ouest.

 

Isle of Ewe Smokehouse, photo par John Paul Photography

 

Braemore Square Country House, photo par Steven Gourlay Photography

 

4e jour : De lochbroom à Scourie

Nous nous dégourdissons les jambes tôt cette journée en traversant l’intéressante passerelle à piétons Fowler au-dessus du Corrieshalloch Gorge, canyon de 45 m en amont de Braemore.

La marche nous ouvre l’appétit. Nous déjeunons à Ullapool, village de pêche, au Seafood Shack, resto de mets à emporter que Fenella Renwick et Kristy Scobie, deux amies dans la vingtaine ouvrirent en 2016 pour servir du poisson et des fruits de mer qui autrement serait exportés. Le matin, elles se rendent au quai pour planifier le menu du jour selon les prises des pêcheurs. Nourriture en mains, nous trouvons une cour surplombant le port où nous dévorons nos pinces de crabe géantes à l’ail et notre soupe épicée à l’aiglefin fumé, version thaïe de Cullen Skink, la soupe écossaise traditionnelle.

Après une heure de voiture, nous remontant à pied une vallée calcaire jusqu’à l’ossuaire de Inchnadamph, série de grandes grottes à flanc de montagne nommée ainsi à cause des os des animaux (cerfs, loups et même un crâne d’ours polaire préhistorique) que l’on y a trouvés.

Une photo rapide au château d’Ardvreck, ruine emblématique du 15e siècle se dressant dans le Loch Assynt, avant d’arriver à l’hôtel Scourie, qui se trouve un peu à l’écart et qui accueille les visiteurs depuis les années 1840. Je me cale dans un sofa près de la cheminée entourée de poisons empaillés, le wifi étant bancal, je ferme l’ordinateur et rejoins ma famille pour le dîner au pub de l’hôtel.

 

Passerelle au-dessus de Corrieshalloch Gorge/Flickr

 

Photo par The Seafood Shack

 

Ossuaire de Inchnadamph, photo par Russell Davies/@russell_davies Instagram

 

5e jour : De Scourie à John O’Groats

Balnakeil Craft Village, dans le coin nord-ouest de l’Écosse, comprend de longues portions de route à file unique bordées de crêtes nues rocheuses qui disparaissent dans les nuages. L’ambiance est fin-du-monde sublime, ce qui nous semble approprié puisque nous nous rendons à Cocoa Mountain, qui est sans doute la chocolaterie la plus isolée d’Europe.

Il y a douze ans, James Findlay et Paul Maden quittèrent leurs emplois de cols blancs pour ouvrir une chocolaterie artisanale avec café dans ce village d’artistes et d’artisans surgi dans les années 1960 dans un poste d’alerte lointaine abandonné de la guerre froide. Leur chocolat chaud est sans doute le meilleur que j’aie jamais bu.

Nous faisons ensuite un arrêt à Smoo Cave, grotte de mer massive dans les falaises de calcaire, avant de poursuivre la route spectaculaire de deux heures le long de la côte nord. La route sinueuse attire les voitures de sport, les cyclistes courageux et les amateurs d’alcools exquis.

Je dépose Lisa et les filles à une grande plage de sable et je me rends à Dunnet Bay Distillers, où Claire et Martin Murray utilisent des herbes locales, comme des rhamnacées et du sorbier pour fabriquer un gin et une vodka au goût clair et floral. Ouverte en 2014, la distillerie a vendu 100 000 bouteilles l’an dernier et compte 10 employés qui aident les Murray, et autres jeunes familles, à se construire un avenir dans la région.

John O’Groats, hameau au bout des terres de l’extrémité nord-est de l’Écosse se trouve juste après Dunnet Bay. En raison de la latitude élevée, le soleil d’été brille encore lorsque nous arrivons à Natural Retreats.Les porte-fenêtre donnent sur une terrasse et des vues imprenables de la mer du Nord et des îles Orcades à proximité.

 

Cocoa Mountain’s James Findlay et Paul Maden, photo par Cocoa Mountain

 

Smoo Cave, photo par Paul Tomkins/Visit Scotland

 

Cocktail de Dunnet Bay Distillers, photo par Dunnet Bay Distillers

 

6e jour : De John O’Groats à Brora

Après un profond sommeil, nous roulons vers le sud au château Sinclair Girnigoe, ruines en restau-ration sur une falaise en bord de mer. Construit entre le 15e et le 17e siècle, c’est l’une des plus belles forteresses médiévales d’Écosse. Nous l’explorons avec respect.

Une demi-heure plus loin sur la côte, nous descendons les Whaligoe Steps, plus de 300 marches en pierre menant à un havre naturel protégé par des roches de 76 m de haut, les jambes tremblant pendant que les vagues se fracassent sur le bord. Davy Nicolson, le gardien, raconte que son grand-père fut l’un des derniers à pêcher dans ces eaux et que, « goe » signifie anse . C’était là que les habitants hissaient les baleines échouées sur la rive.

Nous nous installons pour la nuit à l’hôtel Royal Marine, ancienne maison de campagne d’une ville connue pour son golf. Les filles filent vers la piscine intérieure, et Lisa et moi visons la salle de billard pour plus tard.

 

Château Sinclair Girnigoe, photo par Sunny Herzinger

 

7e jour : De Brora à Black Isle

Essoufflés après cette semaine occupée, avons encore assez d’énergie pour visiter le Château de Dunrobin, domicile du clan Sutherland depuis le début du 14e siècle. Les pièces sont meublées de façon extravagante, et les jardins victoriens sont idylliques, mais c’est la démonstration des oiseaux de proie, faucons, hiboux et autres passant en rase-motte au-dessus de nous, que je n’oublierai jamais.

Je ne me fatiguerai jamais non plus de la vue des yourtes de Black Isle, villégiature écologique perchée sur une péninsule au-dessus de Moray Firth, à environ une heure au sud du château. En 2015, Jenny et Kenneth Adam, frère et sœur, commencèrent à louer des yourtes construites à la main sur leur ferme. Avec un petit poêle à bois, cet agréable logement hors réseau sort tout droit d’un livre de contes. L’eau de l’estuaire, brillante en fin de soirée, est envoûtante. Je lace mes chaussures et cherche le sentier vers la rive. Cette région personnifie la beauté de la NC 500 et nous attire. Nous sommes chez nous.

 

Château de Dunrobin, photo par D K Grove/Alamy

 

Photo par yourtes de Black Isle

 

Moray Firth, photo par Donna Carpenter/Shutterstock