Cap sur Denver

Milieu novateur de la bière artisanale, panoplie de restaurants variés et quartiers regorgeant de commerces et d’initiatives artistiques, la visite de Denver s’impose.

Union Station, photos de Josh Pruitt

Entrez dans Union Station à Denver un samedi matin et vous constaterez qu’elle grouille de gens prenant un café, lisant un journal, attendant de se faire servir le petit-déjeuner ou tout simplement passant le temps. Il est difficile d’imaginer que ce magnifique édifice du tournant du siècle, devenu un repaire populaire, était il y a à peine quelques années une vieille gare délabrée que les Denverois évitaient à tout prix. 

Le déclin d’Union Station et du reste du centre-ville de Denver commença au début des années 1980 lorsque la récession frappa la ville. Avec le temps, nombre d’édifices en brique et en pierre des alentours, plusieurs remontant à l’époque de la ruée vers l’or, furent abandonnés et se détériorèrent. 

Cependant, ces dix dernières années, l’économie de la ville n’a cessé de s’améliorer. Denver revitalisa son centre historique et les quartiers environnants réinventant des édifices comme Union Station dans le but de créer une nouvelle énergie au premier plan.

La ville, surnommée Mile High City (parce qu’elle dépasse le niveau de la mer d’exactement 5 280 pieds, soit un mile), compte 700 000 habitants (trois millions dans la région métropolitaine). Elle fut longtemps reconnue pour ses cowboys, son bœuf et ses centres de ski luxueux. Or, la ville se débarrasse de cette image désuète et se réinvente en tant que ville branchée et progressive. Le milieu novateur de la bière artisanale, la panoplie de restaurants variés et les quartiers regorgeant de commerces et d’initiatives artistiques uniques en ouvrent la voie.

Quelque 1 000 personnes s’installent dans la ville chaque semaine, attirées par le style de vie plein air, les logements relativement abordables et l’attitude accueillante des entrepreneurs locaux. Dernièrement, des visiteurs internationaux affluent aussi pour découvrir ce nouveau Denver.   

Broue artisanale

Crooked Stave

Bien que l’on brasse de la bière au Colorado depuis plus de 100 ans (la brasserie Coors ouvrit tout près, à Golden en 1873), les bières mo-dernes apparaissent à Denver vers la fin des années 1980 lorsque John Hickenlooper, géologue sans travail (et gouverneur actuel du Colorado) décide d’ouvrir Wynkoop Brewing, la première brasserie artisanale de la ville dans un entrepôt abandonné du centre-ville, une idée radicale surtout qu’à l’époque le centre-ville était un endroit déserté que les habitants évitaient.

Wynkoop connut un grand succès, ramenant les résidents assoiffés vers le centre et inspirant d’autres brasseries et commerces, y compris les Colorado Rockies, de la Ligue majeure de baseball à s’installer à Coors Field, un des édifices délabrés environnants. C’est en partie grâce à Hickenlooper et à sa brasserie que le centre-ville s’est lentement transformé en un endroit où il fait bon vivre et travailler.

De nos jours, Denver compte environ 70 brasseries (le Colorado en a presque 350) et accueille chaque automne un des plus grands festivals de la bière au monde : le Great American Beer Festival avec près de 8 000 bières représentant plus de 2 200 brasseries locales, nationales et internationales. La bière au Colorado, c’est sérieux, et elle rapporte chaque année 3 milliards de dollars américains à l’économie de l’État. 

Wynkoop Brewing

« Ce qui distingue Denver, ce sont les brasseurs très diversifiés, » explique Steve Kurowski, directeur de l’exploitation de la guilde des brasseurs du Colorado.

En effet, les brasseurs artisanaux de la ville s’engagent à prendre des risques et à introduire des techniques de brassage novatrices et peu conventionnelles. Black Shirt Brewing Co, notamment, cible les rousses, Prost Brewing est connu pour les bières authentiques à l’Allemande et Crooked Stave se spécialise dans les bières amères vieillies en fût et les bières sauvages.

Chad Yakobson, propriétaire et maître-brasseur à Crooked Stave, précise que ces bières ne sont pas typiques, mais que les consommateurs de Denver ont développé un goût raffiné ce qui aide à les faire passer auprès du grand public. « Nous brassons surtout pour l’amateur éduqué et connaisseur, et cette base existe à Denver », dit Yakobson.

Art novateur

Art District on Santa Fe

La sensation d’innovation qui domine le milieu de la bière artisanale de Denver se ressent aussi dans le milieu dynamique des arts. À l’extrémité du centre, dans le quartier créatif de Golden Triangle (appelé ainsi en raison de la forte concentration de galeries et de musées) se trouve le Denver Art Museum, de calibre mondial qui accueille un nombre impressionnant d’expositions itinérantes et qui compte une collection massive d’art indien d’Amérique; le musée Clyfford Still remplit tout un édifice consacré au célèbre peintre de l’expressionnisme abstrait qui a donné son nom au musée. 

Certes le milieu des arts s’étend bien au-delà des établissements du Golden Triangle. Ces dernières années, les artistes denverois utilisent la ville comme canevas; une promenade dans les quartiers émergeants, dont Baker, River North (appelé RiNo) et South Broadway, révèle un nombre ahurissant de murales colorées, commandées par des commerces locaux pour transformer les édifices à l’allure industrielle en magnifiques œuvres d’art.

Quartier River North

Les autorités s’engagent aussi à soutenir les initiatives d’art locales. Le Programme d’art public fut créé en 1988 pour amener l’art dans l’espace public; des fonds du conseil de ville sont mis de côté pour de l’art public chaque année. En 2009, le Fonds d’art urbain fut prévu pour faciliter la création de nouvelle murales par des jeunes locaux dans les zones fortement vandalisées de la ville. En outre, la ville compte actuellement sept quartiers certifiés en art, chacun avec ses propres galeries, musées, murales, festivals et initiatives.

« Le fait de posséder une œuvre et de jouir du soutien de la communauté procure un véritable sens d’identité, explique Amy Phare, présidente d’Art District on Santa Fe, organisme sans but lucratif local. Il y a tellement de gens passionnés ici, chacun ayant son propre talent. »

Art District on Santa Fe compte plus de 100 galeries, studios d’artistes et musées, dont le Museo de las Americas, musée d’art d’Amérique latine. Ce secteur attire aussi des milliers de personnes pour la promenade artistique du premier vendredi du mois; des dizaines de commerces ouvrent alors leurs portes pour l’occasion. « Il y a de l’art partout: à l’étage, en bas, dans les ruelles, les gens transforment leur garage en galerie, le quartier prend vie, » explique Phare.

Délices culinaires

Snooze

C’est peu dire que le nombre de restaurants à Denver explose; 2017 a vu 245 ouvertures. De plus, la ville est dans la mire internationale avec la 15e saison de Top Chef (lancée en décembre 2017) qui se veut une vitrine des restaurants des environs de Denver.

« Quand j’étais petit, on disait que Denver était une ville de cowboys où l’on mangeait viande et pommes de terre, dit Adam Schlegel, co-fondateur de Snooze, endroit populaire pour le petit-déjeuner, et président de EatDenver, organisme sans but lucratif au soutien des restaurants locaux. Il est phénoménal de voir ce qui s’est passé au cours des dix dernières années. »

Bien que la cuisine des Rocheuses y soit encore bien présente (on ne manque pas de plats de viande 

locale comme l’agneau, le bison et le wapiti), Denver compte aussi, outre les grilladeries branchées, des restaurants décontractés à service rapide, des restaurants haut de gamme et de cuisine ethnique. Chuey Fu’s, endroit bizarre dans Art District on Santa Fe, fusionne les cuisines latine et asiatique pour offrir un Burrito Fuh (Pho), plein de germes de soja, de basilic thaï, de nouilles de riz et de bouillon pho (à accompagner de guacamole pour une véritable explosion de saveurs internationales).

Acorn

Schlegel dit que le milieu culinaire de la ville met plus l’accent sur les ingrédients durables. « [Les chefs] passent beaucoup de temps à apprendre à connaître les fournisseurs, » dit-il. Par exem-ple, Snooze travaille avec des producteurs locaux qui offrent de tout, cornichons, tortillas et produits laitiers, ainsi que des producteurs internationaux responsables pour les ingrédients comme le café qui provient d’une exploitation au Guatemala que Schlegel a lui-même visitée.

En conséquence de cette prise de conscience collective pour les ingrédients locaux et durables, nombre des meilleurs restaurants changent leurs menus au gré des saisons, notamment l’Acorn et Potager, un des premiers restos de la ferme à la table. Root Down, un des six endroits locaux appartenant au chef et restaurateur Justin Cucci, cultive 20 pour cent des légumes saisonniers dans un potager de 4 000 pieds carrés et s’approvisionne auprès d’éleveurs, fermiers et producteurs du Colorado pour créer des plats à base de légumes comme les gnocchis au panais et le tofu paneer.

« Le Colorado a mauvaise réputation en raison du froid, explique Schlegel. Mais de nouvelles serres ou fermes s’installent constamment parce que nous avons la terre, le soleil et l’esprit d’entrepreneuriat. Nous voulons apprendre à faire de bonnes choses chez nous. »

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