Voyages en solo

C’est par hasard que la rédactrice Isabella Burton se lança dans le voyage en solo qui déclencha son enthousiasme pour les aventures solitaires. Burton vous fait partager ses impressions de ses nombreux voyages en solo autour du monde.

New York/Thinkstock

Un excentrique, enthousiaste d’OVNI de Sedona, dans l’Arizona, m’amena en haut de Bell Rock.

Je voyageais seule et ne connaissais personne dans le Sud-Ouest, mais cela n’avait aucune importance. Je rencontrai Peter; il aimait la randonnée dans les roches rouges de Sedona presque autant que les associations New Age. Il me montra les ruisseaux, les sentiers et les endroits où les touristes ne vont pas, notamment son sentier préféré, sur les chemins couverts de genévriers de la mésa. Il me montra son Sedona: la villégiature magnifique, intense et contemplative.

Il y a cinq ans, l’idée de voyager seule m’angoissait au plus haut point. J’avais lu les histoires pleines de bravades des rédacteurs touristiques classiques Patrick Leigh Fermor et Bruce Chatwin, dormant dans des fermes abandonnées et accompagnant des bergers dans les montagnes grecques pour des fêtes impromptues bien arrosées. Je me disais que ces aventures ne convenaient pas à une jeune femme. Je pensais que ma crainte m’empêcherait de vivre une heureuse aventure avec l’approche de ce pourquoi pas qui donne du sens au voyage.

Puis, une amie proche, avec qui je devais me rendre en Turquie, a dû reporter son arrivée à Istanbul de quelques jours. J’avais le choix de reporter mon arrivée, moi aussi, ou de me retrouver dans un endroit dont je ne connaissais ni la langue ni la culture. J’ai pris l’avion.

J’ai flâné dans Istanbul pendant des heures, pas seulement dans les lieux touristiques, mais aussi les petites rues; j’ai visité des mosquées loin des auberges de Sultanahmet. Je me suis assise, seule, avec un livre et une tasse de thé au restaurant historique de conception élaborée de la gare de Sirkeci, autrefois le terminus de l’Orient Express. Niché dans l’un des halls, j’y ai trouvé un musée dédié au célèbre train. Lorsque mon amie est arrivée quelques jours plus tard, j’ai presque regretté de ne pas avoir plus de temps pour moi.

Je ne me souviens pas exactement du moment où j’ai pris conscience que je ne devais pas craindre le monde autant que je le pensais. Alors que mes voyages en solo se multipliaient, je prenais de l’assurance et me sentais plus à l’aise. J’ai passé du temps à Las Vegas pour écrire un article et je me suis promenée sur le Strip du matin au soir, me liant d’amitié avec des inconnus (c’est plus facile en leur posant des questions sur leur vie) pour découvrir ce qui fait vibrer cette ville étrange. J’ai parlé de religion avec un donneur de vingt-et-un au Bellagio et suis devenue amie avec un groupe de punks (avec piercings et dreadlocks) près des fontaines de l’hôtel, les rencontrant plus tard pour prendre un verre à l’extrémité sud du Strip.

Une autre fois, je me suis promenée dans les rues de Londres après avoir passé une journée à voir des pièces de théâtre et exploré les boîtes de swing et les bars clandestins d’inspiration rétro comme Opus One Swing Dance Club près de Marble Arch ou Cahoots, bar de Soho au design du métro de Londres des années 40. J’ai vu des gens que je ne connaissais pas (ivres, sobres, amoureux, voulant juste de rentrer chez eux) sur les imposantes grandes avenues de Westminster, beaucoup moins bondées que quelques heures plus tôt.

 

« Je ne me souviens pas exactement du moment où j’ai pris conscience que je ne devais pas craindre le monde autant que je le pensais. »

 

Il m’est arrivé de rester debout toute la nuit pour écrire une histoire sur un petit restaurant ouvert tard le soir à New York. J’étais assise au comptoir et parlais avec la personne assise à côté de moi et c’est ainsi que j’ai fait la connaissance d’un policier irlandais, d’une ancienne comédienne et d’une dame âgée, portant fourrure et canne brillante, prétendant avoir été la première danseuse noire de burlesque célèbre de la ville.

Quand je voyage seule et que je croise des couples ou des groupes d’amis, je ressens parfois un brin de solitude. Mais, être seule, et consciente des alentours au lieu de parler à un compagnon est exactement ce qui m’ouvre à de nouvelles expériences. En me promenant dans une ville, flânant le long de la côte ou traversant le Strip, étant seule, je dois faire attention au paysage et aux gens qui m’entourent. Je suis toujours en train d’observer comment les New-Yorkais ignorent les gens habillés de manière très extravagante (une femme en robe de bal dans l’après-midi ou un homme habillé en Magicien d’Oz) parce qu’ils sont tellement habitués au chaos de la vie urbaine.

Souvent, les gens m’abordent facilement, pour parler ou m’offrir de l’aide (selon l’endroit où je me trouve dans le monde) et m’invitent à dîner ou à partager un repas. C’est ainsi qu’en randonnée dans les montagnes géorgiennes, des bergers préparant de l’agneau sur un feu, m’invitèrent à me joindre à eux. C’était pour ce genre d’aventure que je continue à voyager. Je voyage seule, mais si par bonheur je me retrouve « au cœur de l’action » (table de jeu, comptoir de resto ou bar), je ne serai pas seule longtemps.

Voyager en solo demande plus de planification qu’une retraite romantique avec un partenaire ou une escapade de week-end entre amis. Je dois me fier davantage à mon téléphone intelligent (on vend des cartes SIM locales dans la plupart des aéroports, avec accès à Internet si le téléphone est déverrouillé), autant pour la navigation que la sécurité et pour rester en contact avec des amis éventuels et des habitants. Je consulte les groupes Facebook locaux en fonction de mes intérêts, le swing à Londres par exemple ou le théâtre expérimental à New York, pour trouver des événements dont je n’aurais autrement pas entendu parler (et parfois même un compagnon de voyage). Souvent, le fait d’utiliser mon téléphone pour rejoindre des gens que je viens de voir sur des plateformes comme Instagram permet aux J’aime de passer outre les barrières linguistiques potentielles. Un mois après mon voyage en Iran, une fille que j’avais rencontrée dans une maison de thé de Shiraz aime encore tous mes autoportraits.

Voyager en solo présente certes des défis. Il est très important de connaître les coutumes locales, mais avec un peu de bon sens, j’ai vu les bazars d’Iran, les montagnes du Caucase et les boîtes de nuit de Londres sans jamais me sentir en danger.

Tout en marchant, Peter me présenta à ses amis qui, eux aussi, étaient attirés par la beauté naturelle de Sedona. À mi-chemin sur la montagne, je m’arrêtai pour parler à une instructrice de yoga venue s’installer dans la région quelques années plus tôt.

« Ce que j’aime ici, dit-elle, en me montrant sa grotte favorite, cachée dans la montagne, c’est qu’il y a toujours des gens qui passent ». Elle dit ne jamais manquer de compagnie. Les grands voyageurs sont les plus aimables de tous.

Fabuleuses destinations à visiter en solo : 

New York

Les New-Yorkais sont étonnamment accueillants à l’égard des étrangers et aiment leur montrer comment s’amuser. Entrez dans un petit resto local ou un bar à cocktails clandestin pour vous faire de nouveaux amis (ou du moins recueillir de bonnes histoires).

La Havane (Cuba)

Les rues coloniales de La Havane sont l’endroit tout indiqué pour flâner seul. Logez chez l’habitant dans une casa particular pour compléter l’expérience cubaine.

Glasgow (Écosse)

La culture du pub en Écosse est idéale pour zieuter, surtout à Glasgow, reconnue pour sa musique live. Flânez dans les rues de style gothique et georgien, puis installez-vous devant une bière pour écouter du jazz au Dukes Bar dans le West End.

WestJet Banner