Las Vegas sous un autre jour

Le ville du péché est bien plus qu’une simple destination pour flambeurs et fêtards

Photo par Mike Valdez Photography

J’arrive au bout de cette petite plateforme, à 855 pieds au-dessus du Strip, et je fige. Je suis au SkyJump Las Vegas de l’hôtel Stratosphère, sur le point de plonger dans le vide; je regarde la ville en dessous, mon cœur bat la chamade. Je me demande si je n’ai pas poussé un peu trop loin ce désir d’explorer un autre côté de Las Vegas. 

Mes autres visites à Las Vegas concernaient les boutiques, les spectacles et les fêtes dans la piscine. Cette fois-ci, je veux élargir mes horizons et découvrir le milieu artistique de renommée mondiale, le centre-ville rajeuni et quelques aventures de plein air.

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Cosmopolitan of Las Vegas/Photo par Heather Saitz

J’examine d’abord le milieu artistique du Strip. Dernièrement, la Ville s’est intéressée davantage aux œuvres d’artistes établis et émergents; une visite à la galerie Bellagio s’impose donc.

La petite galerie organise quelques expositions itinérantes pendant l’année. Lors de ma visite, elle exposait 43 œuvres de Picasso, dont le Profil d’une femme aux cheveux bleus, tableau jamais vu en public, en prêt de la famille Picasso. La dame en question est Dora Maar, une des nombreuses maîtresses du célèbre peintre. Je suis devant le tableau, j’ai du mal à le croire. Cette petite galerie toute entière, avec son personnel à la voix douce, ses expositions parfaites et surfaces blanches brillantes, invite à une calme réflexion, ce qui est des plus surprenants vu son emplacement en plein cœur du Strip.

Un peu plus loin, le Cosmopolitan of Las Vegas adopte une approche différente, mais tout aussi excitante envers son propre programme. Il y a des chefs-d’œuvre visuels partout dans l’hôtel, l’emblématique chaussure rouge géante dans le lobby et son expo numérique d’artistes comme T.J. Wilcox et Yoko Ono, les murales de graffiti dans les garages ou encore les expositions dans le studio P3 des artistes en résidence. Ma préférée? Les machines distributrices Art-O-Mat réparties ici et là dans la propriété où l’on peut acheter un petit objet d’art de Las Vegas pour seulement 5 $US.

Au SLS Las Vegas Hotel & Casino, je découvre un autre genre de chef-d’œuvre au Bazaar Meat de José Andrés. Cet espace incroyable est quasiment une surcharge pour les sens. On dirait un événement sophistiqué dans un pavillon de chasse : de nombreuses cuisines ouvertes avec grills gigantesques et étalages de viande dont même  un cochon de lait.

Je n’ai jamais été grande amatrice de viande, mais cette grilladerie est vraiment l’endroit où il faut goûter à quelque chose de nouveau. Le serveur m’aide à naviguer le menu impressionnant et un peu intimidant. Il me propose dix plats à déguster. Peu après, un serveur avance un chariot près de la table et, avec un talent de maître, prépare devant moi le tartare de bœuf en mélangeant bien le jaune d’œuf, la moutarde, les anchois et la sauce HP. Une bouchée et je suis convertie. 

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Bazaar Meat by José Andrés/Photo par Heather Saitz

Ce qui m’a surpris plus que les galeries d’art et les restaurants du Strip, c’est ce que j’ai trouvé un peu plus loin. Ces dix dernières années, le centre-ville s’est tranquillement transformé en un endroit reconnu pour ses excellents restaurants, ses boutiques sympas et ses initiatives fantastiques comme les édifices Art Square et Arts Factory, qui abritent des galeries et studios d’œuvres abstraites et contemporaines.

En entrant dans la galerie Brett Wesley d’Art Square, une forte odeur de café me frappe; l’endroit est jonché de marc de café, journaux, tasses de café, draps froissés et même d’un vieux matelas. La scène chaotique, mais tout à fait fascinante est la dernière exposition de l’artiste Adam Turl. Elle s’intitule « 13 baristas », et se veut une immersion persuasive d’un groupe fictif de travailleurs dans un café. C’est aussi une des expositions itinérantes de cette galerie pendant l’année.

Les expositions de ce genre sont relativement nouvelles dans ce coin de la ville, qui récemment, consistait plutôt en un regroupement d’entrepôts vides. Or, grâce à la création du 18b Arts District, le quartier est en pleine transition et de nouveaux commerces et studios apparaissent partout. 

En me promenant sur le First Street Art Trail, où l’on trouve des œuvres d’art à destination publique, je ne peux résister à l’envie de prendre un égoportrait avec Snowball in Vegas, statue d’un chat géant de sept pieds de hauteur fait de mousse dure de polystyrène. Je profite du moment pour admirer les murales vivantes de graffiti qui recouvrent les côtés de nombreux édifices.

C’est l’heure du diner. Pour vraiment voir les restaurants du centre-ville, j’emprunte une ruelle menant à La Comida, restaurant mexicain populaire auprès des habitants à cause de sa cuisine authentique et géniale. Bien installée devant des tacos en attendant le maïs et le guacamole, j’apprends que Paloma Cuellar, la chef de cuisine, a grandi au Mexique et que sa mère lui a appris le métier. Cet endroit est également reconnu pour son impressionnant choix de plus de 100 tequilas et ses margaritas aux fruits frais. D’ailleurs, je peux personnellement en recommander trois : poire de cactus, goyavier et orange sanguine (c’est à Las Vegas, après tout!).

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First Street Art Trail/Photo par Heather Saitz 

Las Vegas a depuis longtemps la réputation d’être une ville où presque tout se passe à l’intérieur, mais il y a aussi des surprises palpitantes à l’extérieur.

En sortant de la voiture au Red Rock National Canyon Conversation Area, je suis stupéfaite. D’imposantes falaises rouges semblent sortir tout droit du désert; le paysage de Mars doit probablement ressembler à cette étendue aride et absolument stupéfiante. Red Rock se trouve à seulement 30 minutes à l’ouest du Strip, mais on dirait un autre monde.

J’écoute mon guide énumérer les différentes activités proposées : plus de 1200 pistes d’ascension et sentiers infinis de randonnée et de vélo (environ 50 kilomètres). Nous prenons le sentier facile de Calico Hills de 3 kilomètres. En route, mon guide nous montre les plantes uniques du désert des Mojaves dont plusieurs ont des épines et semblent menaçantes, comme l’opuntia basilaris dont les feuilles plates rappellent les queues de castor. Mais il n’y a pas que les cactées. Au loin, je vois quelques buissons de soucis jaune vif du désert qui ressortent sur le fond des rochers rouges.

Après la randonnée, je vais en voiture à Springs Preserve, jardin botanique de 180 acres sur le site d’anciennes sources. Cet élixir du désert (desséché depuis belle lurette) a longtemps attiré les gens dans la région en 1905, et il semble être à l’origine de Las Vegas telle que nous la connaissons aujourd’hui. J’explore les jardins, l’habitat des papillons et les sentiers de randonnée dans les marais avant d’arriver au musée pour en apprendre davantage sur les écosystèmes uniques et l’histoire de Las Vegas. Le musée de l’État du Nevada s’y trouve aussi.

Comme je ne suis pas prête à retourner au faste et glamour du Strip, je décide de donner libre cours à ma fantaisie, la Formule 1, dans le cadre du programme de réalisation de rêves du Las Vegas Motor Speedway. Après un cours dans un simulateur, j’enfile la combinaison, mets le casque et nerveusement me glisse derrière le volant d’une Ferrari F430 GT (génial!). On commence lentement, très lentement, mais mon instructeur me guide, et je commence à me détendre. Je fais le tour du parcours et panique uniquement dans les virages aigus tout en pensant à accélérer et à ralentir au bon moment. À mon retour dans la fosse, je me sens  regonflée. 

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Red Rock Canyon National Conservation Area/Photo par Heather Saitz

Après Speedway je prends mon courage à deux mains pour me rendre à SkyJump. Quelques instants d’hésitation, puis je saute du Stratosphère et vois le Strip se rapprocher de moi. La peur fait place à l’exultation lorsque je sens les câbles entrer en action et me ralentir. En 15 secondes, mes pieds foulent le sol.

 Après mes aventures éprouvantes, je m’offre une visite à la piscine du MGM Grand pour prendre le soleil avant de me rendre à l’aéroport. Je commande un mojito qui, à ma surprise, est particulièrement grand. J’observe les autres baigneurs; derrière moi, des filles aux cheveux vigoureux et grandes lunettes de soleil se racontent leur soirée de la veille avant de préparer leur journée, boutiques et encore des bains de soleil naturellement. De l’autre côté de la piscine, je vois une mère jongler avec son enfant pour lui mettre des flotteurs aux bras; un peu plus loin, le personnel prépare la fête à la piscine.

Un verre à la main, je pense à mes aventures des derniers jours. Je suis fière d’avoir exploré un côté tout à fait différent de Las Vegas. Je sens une nouvelle appréciation, voire une certaine affection pour cette ville de désert carrément originale.

Je le pense vraiment, et pas à cause du mojito.

S’y rendre: WestJet dessert Las Vegas 78 fois par semaine du départ de 12 villes canadiennes.

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